Déserts médicaux en Nouvelle-Aquitaine : 404 000 habitants privés de médecin traitant

Par Rédaction 5 min de lecture
Déserts médicaux en Nouvelle-Aquitaine : 404 000 habitants privés de médecin traitant

Alors que la Nouvelle-Aquitaine enregistre l’une des plus fortes densités de médecins généralistes de France, la réalité du terrain est bien plus contrastée. Derrière cette moyenne flatteuse se cache une fracture sanitaire profonde : 404 143 habitants de la région vivent dans des « zones rouges » où l’accès à un médecin traitant relève du parcours du combattant. Un paradoxe aquitain qui pousse les autorités à multiplier les initiatives pour tenter de colmater les brèches d’un système de santé à deux vitesses.

Un paradoxe régional : une densité moyenne élevée, des inégalités criantes

Au 1er janvier 2025, la France comptait en moyenne 146 médecins généralistes pour 100 000 habitants, un chiffre stable par rapport à 2023. La Nouvelle-Aquitaine affiche une densité supérieure avec 165 praticiens pour 100 000 habitants, ce qui la place parmi les régions les mieux dotées. Mais cette moyenne nationale masque des disparités territoriales spectaculaires.

Les Pyrénées-Atlantiques caracolent en tête avec 206 médecins généralistes pour 100 000 habitants, tandis que le Lot-et-Garonne, désormais le plus dépourvu, ne compte plus que 116 praticiens. La Creuse, longtemps symbole du désert médical, enregistre un redressement spectaculaire avec près de 179 généralistes, soit une progression de 32 % depuis 2023 – une hausse à relativiser toutefois au regard de la diminution de sa population.

Un territoire en première ligne : 6,5 % de la population en zone rouge

Avec 404 143 habitants vivant dans des zones classées sous-dotées, la Nouvelle-Aquitaine est la région française la plus touchée en volume de population par les déserts médicaux, soit 6,5 % de ses habitants contre seulement 3,3 % en France métropolitaine. Neuf départements sur douze sont concernés par cette faible densité médicale.

Le phénomène n’épargne plus seulement les zones rurales reculées. L’ARS a identifié 46 quartiers prioritaires en manque de médecins aux portes mêmes de Bordeaux, Libourne ou Blaye. Dans ces secteurs, ce n’est plus la distance qui pose problème, mais les délais d’attente toujours plus longs pour obtenir un rendez-vous. Dans les quartiers populaires, les obstacles sont multiples : dépassements d’honoraires, coût des transports et sentiment de ne pas être à sa place dans certains cabinets médicaux.

Le pacte de solidarité territoriale : 270 médecins volontaires

Face à cette situation alarmante, l’ARS Nouvelle-Aquitaine a déployé dès le printemps 2025 une mesure phare du « Pacte de lutte contre les déserts médicaux » : la mission de solidarité territoriale. Le principe est simple : des médecins volontaires venant de zones bien dotées consacrent jusqu’à deux journées par mois à des consultations avancées dans les territoires les plus vulnérables.

La réponse des praticiens a dépassé toutes les attentes. Au 15 août 2025, 202 médecins s’étaient portés volontaires, puis 65 supplémentaires les ont rejoints en une semaine. Fin septembre, ils étaient 270 à avoir répondu présent, dont 113 rien que pour la Gironde. La mobilisation est telle que l’ARS s’est dite « agréablement surprise par la réactivité des médecins libéraux ».

Les départements les plus dynamiques sont paradoxalement ceux qui ne figurent pas en zone rouge, preuve selon l’agence « d’un véritable esprit de solidarité professionnelle ». Les consultations sont réparties sur 28 des 29 communautés de communes identifiées comme vulnérables.

Nouveau zonage : 65,4 % de la population désormais couverte par les aides

Pour renforcer ce dispositif, l’ARS a arrêté le 30 janvier 2026 un nouveau zonage des médecins libéraux, publié au recueil des actes administratifs le 3 février. Ce zonage, élaboré après une large concertation avec les acteurs de terrain initiée dès août 2025, distingue deux catégories de territoires :

— Les zones d’intervention prioritaire (ZIP) , les plus durement touchées par le manque de médecins, qui bénéficient des aides incitatives les plus importantes et couvrent désormais 28,5 % de la population régionale;

— Les zones d’action complémentaire (ZAC) , moins impactées mais menacées par une dégradation à venir, qui couvrent 36,9 % de la population régionale.

Au total, 65,4 % des Néo-Aquitains résident désormais dans des zones éligibles aux aides à l’installation, avec une attention particulière portée aux 58 quartiers prioritaires de la politique de la ville identifiés en zones sous-denses.

Solutions locales : quand les médecins retraités reprennent du service

Parallèlement aux dispositifs institutionnels, des initiatives citoyennes fleurissent sur le territoire. L’association Médecins Solidaires, née en Nouvelle-Aquitaine, envoie chaque semaine des généralistes volontaires dans des centres de santé situés en zone sous-dotée.

À Ménigoute, dans les Deux-Sèvres, une maison de santé accueille chaque semaine un médecin différent. Brigitte Tregouët, généraliste vendéenne à la retraite, fait partie de ces « médecins solidaires ». « La carence en médecine générale, c’est partout. Il n’y a pas de zone sous-dotée, il y a des zones plus ou moins sous-dotées », témoigne-t-elle.

Le dispositif repose sur deux coordinatrices qui assurent la continuité du suivi, gèrent les rendez-vous et orientent vers les spécialistes, déchargeant ainsi le praticien itinérant des tâches administratives.

À retrouver sur Mag-sante pour plus d’informations sur les initiatives de santé en région.

Des promesses politiques à concrétiser

Le nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu s’est engagé à proposer une offre de soin à trente minutes de chez soi d’ici 2027. Une promesse ambitieuse alors que 37 % des habitants de Nouvelle-Aquitaine déclarent avoir déjà renoncé à des soins, faute de rendez-vous ou de soignants disponibles. Dans un contexte où l’offre médicale recule également dans les grandes villes comme Bordeaux, c’est tout le système de santé régional qui appelle une refonte en profondeur.

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